Le DVB-S2 (Digital Video Broadcasting – Satellite, 2nd generation) est une norme de transmission numérique par satellite conçue pour améliorer nettement la capacité et la robustesse du DVB-S. Développée par le projet DVB en 2003 puis publiée par l’ETSI en 2005, elle répondait notamment au besoin de diffuser davantage de chaînes HD dans un spectre satellite limité.
Ce que normalise DVB-S2
DVB-S2 ne définit pas directement l’image ou le son : il décrit surtout la couche physique et l’encapsulation nécessaire pour transporter un flux au travers d’une liaison satellite. Il spécifie la structure des trames, le codage correcteur d’erreurs, les modulations, la signalisation et les mécanismes d’efficacité spectrale.
Un opérateur peut ainsi transporter un multiplex TV classique en MPEG Transport Stream, mais aussi des flux IP ou des flux continus. La norme n’est donc pas limitée au codec MPEG-2 ni à la télévision linéaire : elle convient également à la contribution vidéo, aux liaisons professionnelles, à la distribution de données et à certains accès Internet par satellite.
Vue de la chaîne

La BBFRAME (BaseBand Frame) est l’unité structurante du système : elle contient les données utiles et peut être de taille normale, 64 800 bits codés, ou courte, 16 200 bits codés. Les trames courtes peuvent être intéressantes lorsque la latence, la robustesse ou le type de trafic le justifient.
Codage correcteur
Le gain majeur de DVB-S2 vient de la correction d’erreurs moderne, faite en deux étages : un code LDPC (Low-Density Parity-Check) suivi d’un code BCH.
- Le LDPC apporte l’essentiel du gain de performance : il permet de s’approcher davantage de la limite théorique de Shannon, c’est-à-dire du meilleur compromis possible entre débit, bruit et puissance reçue.
- Le BCH sert de correction finale : il traite les erreurs résiduelles que le décodage LDPC n’aurait pas éliminées.
- Le récepteur effectue un décodage itératif LDPC, plus exigeant en calcul que DVB-S, mais très efficace face au bruit.
Par rapport à la combinaison historique codage convolutif + Reed-Solomon du DVB-S, cette approche permet d’augmenter le débit utile à puissance et bande passante comparables, ou d’améliorer la disponibilité d’une liaison à débit identique.
Modulations disponibles
DVB-S2 adapte la modulation à la qualité de la liaison. Les principales constellations sont les suivantes :
| Modulation | Bits par symbole | Robustesse | Usage courant |
|---|---|---|---|
| QPSK | 2 | Très bonne | Réception difficile, faisceaux larges, forte marge de pluie |
| 8PSK | 3 | Intermédiaire | Diffusion TV et HD avec une réception correctement dimensionnée |
| 16APSK | 4 | Plus sensible | Liaisons professionnelles ou conditions radio favorables |
| 32APSK | 5 | Sensible | Très forte efficacité spectrale, principalement professionnel |
Plus la constellation est dense, plus elle transporte de bits par symbole, mais plus elle exige un rapport signal/bruit élevé et une chaîne radio linéaire. En réception directe domestique, QPSK et 8PSK sont les cas les plus courants ; les modulations APSK sont surtout utiles lorsqu’on maîtrise mieux le bilan de liaison.
MODCOD : modulation et taux
En DVB-S2, une configuration de transmission est appelée un MODCOD : elle associe une modulation à un taux de codage. La norme prévoit 28 combinaisons, allant notamment de QPSK avec un taux de code de 1/4 à 32APSK avec un taux de 9/10.
Le taux de code exprime approximativement la part de données utiles parmi les données transmises :
- 1/4 : beaucoup de redondance, débit utile faible, liaison très robuste.
- 3/4 : compromis courant entre robustesse et capacité.
- 9/10 : faible redondance, capacité élevée, mais réception plus exigeante.
Ainsi, un même transpondeur peut être réglé pour privilégier la disponibilité — par exemple contre la pluie — ou maximiser le débit et donc le nombre de services diffusés.
ACM et VCM
Le DVB-S2 peut employer la modulation et le codage variables (VCM, Variable Coding and Modulation) et, avec un retour d’information du terminal, la modulation et le codage adaptatifs (ACM, Adaptive Coding and Modulation).
- En VCM, l’émetteur envoie différentes trames avec différents MODCOD selon le type de contenu ou le niveau de protection souhaité.
- En ACM, le terminal indique la qualité de réception ; l’émetteur peut alors sélectionner un MODCOD plus robuste lors d’une dégradation, ou plus efficace lorsque le ciel est dégagé.
C’est particulièrement utile pour les réseaux de données, les liaisons de contribution et l’Internet par satellite. Une diffusion TV grand public vers des millions de paraboles utilise souvent une configuration plus fixe, car tous les récepteurs d’un même transpondeur doivent rester capables de décoder le signal.
La pluie et le bilan de liaison
En bande Ku, et encore davantage en bande Ka, la pluie absorbe et diffuse une partie de l’énergie radio : c’est le rain fade. Si la marge de réception devient insuffisante, les erreurs augmentent jusqu’à la perte de verrouillage du tuner.
DVB-S2 améliore la situation grâce aux MODCOD et à son codage puissant, mais il ne peut pas supprimer une installation insuffisante. La taille de parabole, son pointage, la qualité du LNB, le câble coaxial et la zone de couverture du satellite restent déterminants.
Efficacité spectrale
L’objectif fondamental est de transmettre plus de bits dans une même largeur de bande. DVB-S2 dispose d’une mise en forme du spectre avec des facteurs de roll-off de 0,35, 0,25 ou 0,20 : un roll-off plus faible réduit l’occupation de bande, mais impose une meilleure maîtrise des équipements radio.
L’amélioration effective par rapport au DVB-S dépend du MODCOD, du type de flux, du transpondeur et de la marge de réception recherchée. L’essentiel est que DVB-S2 combine codage LDPC/BCH, modulations plus efficaces et encapsulation plus souple, ce qui explique son adoption massive pour la HD et les liaisons à haut débit.
Tuner et compatibilité
Un tuner DVB-S2 est en général rétro compatible avec les transpondeurs DVB-S. En revanche, un ancien tuner limité au DVB-S ne peut pas décoder un transpondeur DVB-S2 : la modulation, les trames et le codage ne sont pas les mêmes.
Attention également : la mention « DVB-S2 » sur un téléviseur ne garantit pas la réception de toutes les chaînes. Il faut aussi que le tuner prenne en charge le codec vidéo utilisé, par exemple H.264/AVC ou HEVC/H.265 pour certains services HD/UHD, et qu’il dispose des droits adéquats pour les programmes chiffrés.
DVB-S2 et DVB-S2X
Le DVB-S2X est une extension ultérieure de DVB-S2, orientée vers une efficacité encore meilleure et des scénarios plus exigeants. Il élargit notamment les possibilités de modulation et de codage pour des liaisons professionnelles, des faisceaux étroits et certains usages UHD ou haut débit.
Pour retenir l’idée principale : DVB-S2 transforme les progrès du codage et de la modulation en capacité satellite supplémentaire, tout en pouvant s’adapter aux conditions de propagation lorsque l’architecture du réseau le permet.





