L’AMX192 (Analog Multiplexing 192) est un protocole de communication analogique conçu pour piloter des gradateurs d’éclairage scénique. Développé par Strand Century à la fin des années 1970, il a longtemps constitué la solution de référence avant l’arrivée du DMX512.

Origine et objectif du protocole

Avant l’AMX192, le contrôle d’un gradateur nécessitait un câble dédié entre la console et chaque appareil, la tension présente sur ce câble déterminant directement le niveau de sortie du gradateur. Cette méthode devenait rapidement ingérable dès qu’une installation comportait un nombre important de circuits, chaque canal supplémentaire imposant un nouveau câble.

Pour résoudre ce problème, l’AMX192 a introduit un système de multiplexage analogique série, permettant de faire transiter plusieurs signaux de commande sur un seul câble, au lieu d’une liaison filaire par gradateur. Le nom du protocole vient directement de cette fonction : analog multiplexing, combiné au nombre maximal de canaux qu’il pouvait gérer, soit 192.

À la même époque, un protocole comparable nommé D54 a été développé au Royaume-Uni, avec une approche différente reposant sur un système d’horloge intégré, alors que l’AMX192 utilisait une horloge différentielle séparée, avec un circuit pilote proche du RS-485.

Fonctionnement technique de l’AMX192

L’AMX192 repose sur une transmission de données entièrement analogique, contrairement au DMX qui est numérique. Le signal circule sur deux paires torsadées individuelles, en fil de calibre 20 ou 22 AWG, ce qui permet de véhiculer les informations de contrôle et de synchronisation pour un maximum de 192 canaux.

Le câblage utilise généralement des connecteurs XLR à 4 broches, répartis ainsi :

  • broche 1 : commun (masse),
  • broche 2 : horloge positive (clock+),
  • broche 3 : signal analogique,
  • broche 4 : horloge négative (clock−).

Ce système utilise donc une horloge dédiée, transmise en différentiel avec un circuit limité en courant par des résistances de 100 ohms sur chaque branche, afin de garantir la stabilité du signal sur la distance. La longueur maximale d’extension d’une ligne AMX192, incluant tous les adaptateurs, pouvait atteindre environ 1000 pieds (soit environ 300 mètres).

Différences techniques entre l’AMX192 et le DMX512

Le passage de l’AMX192 au DMX512 en 1986 a marqué une rupture technologique majeure, passant d’un signal analogique continu à une transmission numérique par paquets de données.

CaractéristiqueAMX192DMX512
Type de signalAnalogique (tension variable)Numérique (valeurs 0-255 par canal)
Nombre de canaux max192 canaux512 canaux par univers
Câblage2 paires torsadées, XLR 4 brochesXLR 3 ou 5 broches, RJ45 possible
Principe de transmissionHorloge différentielle séparée + signal analogiqueTrame série avec Break, Mark After Break, Start Code, données canaux
Interfaçage informatiqueDifficile, signal non numériqueDirect, compatible logiciels et consoles modernes
Compatibilité projecteurs intelligentsNon prévu à l’origineNativement compatible (lyres, effets motorisés)
Année de développementFin des années 19701986

Le DMX512 apporte un avantage décisif par rapport à l’AMX192 : sa nature numérique permet de piloter facilement des projecteurs intelligents (lyres, scanners, effets motorisés), une fonction que l’AMX192, conçu uniquement pour des gradateurs analogiques simples, ne pouvait pas assurer. Le DMX permet aussi une interfaçage beaucoup plus direct avec les systèmes informatiques et les logiciels de contrôle modernes, alors que l’AMX192 restait cantonné à une logique purement électrique.

La coexistence des deux systèmes

Malgré l’arrivée du DMX512, l’AMX192 est resté en usage pendant de nombreuses années dans les installations existantes. De nombreux racks de gradateurs, notamment les systèmes CD80 de Strand, ont continué à fonctionner en AMX192 dans des théâtres où l’infrastructure de dimming s’est révélée particulièrement robuste et durable, justifiant son maintien plutôt qu’un remplacement complet.

Pour permettre la transition sans devoir changer tout le matériel de gradation existant, des convertisseurs DMX512 vers AMX192 ont été développés. Un exemple bien documenté est le convertisseur commercialisé par Doug Fleenor Design, capable de convertir un signal DMX512 en sortie AMX192 pour piloter jusqu’à 192 ou 384 gradateurs selon le modèle, avec une fréquence de rafraîchissement de 100 mises à jour par seconde. Ce type de boîtier illustre bien la période de transition entre les deux technologies, durant laquelle les techniciens devaient faire coexister consoles numériques modernes et parcs de gradateurs analogiques plus anciens.

Un protocole aujourd’hui relégué au matériel patrimonial

L’AMX192 a aujourd’hui quasiment disparu des nouvelles installations, mais reste identifiable dans certains équipements patrimoniaux encore en service, principalement liés à des racks de gradation anciens de type CD80. Sa disparition progressive illustre parfaitement la transition de l’éclairage scénique : d’un monde analogique fragmenté par marque, vers un standard numérique unique, ouvert et interopérable qu’est devenu le DMX512.

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